Regardez au-delà des écrans d'embarquement lors de votre prochain voyage : l'aéroport a discrètement embauché une nouvelle main-d'oeuvre. À Incheon, l'aéroport international de Séoul, des tracteurs autonomes effectueraient 70 pour cent des trajets de bagages sur le tarmac sans humain au volant, se faufilant entre avions, zones de tri et portes. Schiphol, à Amsterdam, viserait 90 pour cent de traitement autonome des bagages, en associant aides robotisées au levage et systèmes automatisés pour épargner le dos des bagagistes. Et à Changi, à Singapour, des robots de nettoyage couvriraient chaque jour plus de 110 000 mètres carrés de sols, certains vêtus, style Changi oblige, d'uniformes de majordome.
Une ville avec cartes d'embarquement
Les aéroports sont des habitats parfaits pour robots, pour les mêmes raisons que les ports et les entrepôts : denses, cartographiés, clôturés, ouverts jour et nuit, avec une pénurie chronique de personnel et une tolérance zéro pour le retard. La différence, c'est qu'un aéroport est aussi rempli de public, ce qui en fait la meilleure scène de répétition au monde pour des robots qui doivent travailler au milieu des gens. Les opérations de Changi coordonneraient machines de nettoyage, robots de livraison, robots d'inspection et de sécurité depuis une plateforme centrale unique, une véritable ville robotique sous un même toit. La tendance s'accélère : Japan Airlines et GMO ont lancé en mai à Tokyo Haneda le premier essai japonais d'humanoïdes pour l'assistance en escale, avec des machines dérivées d'Unitree annoncées autour de 15 400 dollars pièce pour le transport de conteneurs à bagages et le nettoyage des cabines.
Le robot qui vous attend à la porte
La plus personnelle de ces machines ne touche pas une valise. Les fauteuils roulants autonomes de WHILL, désormais présents dans 26 aéroports selon l'entreprise, ont assuré plus d'un million de trajets autonomes pour des passagers à mobilité réduite. Le passager choisit sa porte ; le fauteuil s'y rend par des itinéraires pré-cartographiés, évite les obstacles, puis retourne seul à sa station de charge. Heathrow a entamé un essai au Terminal 3 en juin, et Paris-Orly figurerait parmi les prochains lancements. Pour les voyageurs qui attendaient autrefois qu'un agent les pousse à travers le terminal, ce fauteuil n'est pas un gadget ; c'est de l'indépendance.
Restent d'honnêtes réserves. Les aéroports demeurent des champs de bataille sociaux, et les syndicats d'assistance en escale scruteront les statistiques des tracteurs d'aussi près que les passagers observent les robots. Chaque système automatisé devient aussi une infrastructure critique dont la panne se propage sur des centaines de vols.
Notre avis : l'aviation a adopté le pilote automatique des décennies avant votre voiture, et ses opérations au sol répètent aujourd'hui le schéma. L'aéroport fait ce qu'il a toujours fait de mieux : absorber la nouvelle technologie sous les règles de sécurité les plus strictes du monde, puis la normaliser pour tous les autres. Les robots croisés à la porte cet été sont l'aperçu de ceux que votre ville recevra ensuite.
