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Des robots dans les vignes : comment le grand cru est devenu un laboratoire de la robotique agricole
Photo: Winniepix · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
Agriculture

Des robots dans les vignes : comment le grand cru est devenu un laboratoire de la robotique agricole

28/07/2026 · BotChronicles

Rien en agriculture n'est plus jalousement traditionnel qu'un grand vignoble. C'est donc un signe que le Château Angélus, l'un des domaines les plus célébrés de Saint-Émilion, ait laissé un robot circuler entre ses vignes. La machine s'appelle Ted, un robot enjambeur électrique construit par Naïo Technologies, à Toulouse, qui roule au-dessus des rangs, guidé par lidar, caméras et GPS, et désherbe mécaniquement le sol sans une goutte d'herbicide. Naïo, fondée en 2011 par deux ingénieurs en robotique, revendique aujourd'hui environ 450 machines au travail dans les fermes, en France et au-delà, et dit être passée à la production en série.

Pourquoi le vin a eu ses robots en premier

Le vignoble est, en réalité, un terrain presque idéal pour les robots. La culture est à haute valeur ajoutée, donc l'économie pardonne les machines coûteuses. Les vignes s'alignent en rangs nets et permanents qui simplifient la navigation. Et la pression est énorme des deux côtés : la main-d'oeuvre saisonnière est chaque année plus rare et plus chère, les analystes citant des réductions de coûts de main-d'oeuvre allant jusqu'à 35 pour cent comme premier moteur d'adoption, tandis que régulateurs et consommateurs poussent à abandonner les désherbants chimiques. Un robot qui désherbe mécaniquement répond aux deux problèmes en un seul passage. Les études de marché projettent plus de 28 000 robots viticoles en service dans le monde en 2026, l'Europe concentrant plus de 60 pour cent des installations.

Les géants du secteur l'ont remarqué. Yamaha Agriculture aurait étendu en juin sa plateforme autonome Prospr avec un module de désherbage de précision développé avec Croplands, ajoutant l'application d'herbicides à une machine qui pulvérise déjà vergers et vignobles. À l'extrême, les systèmes de précision par micro-dosage réduiraient l'usage de produits chimiques jusqu'à 99 pour cent par rapport à la pulvérisation généralisée. Le japonais Yanmar, de son côté, a conçu son robot pulvérisateur YV01 explicitement pour reprendre la tâche la plus dangereuse du vignoble : traiter les fortes pentes où les tracteurs se retournent et où les humains respirent les embruns de produits.

Terroir contre technologie, un faux duel

Les puristes craignent que les machines n'arrachent au vin son âme. Les vignerons qui les utilisent soutiennent l'inverse : chaque heure non passée sur un tracteur est une heure passée à goûter, tailler et arpenter les rangs, et un sol libéré des herbicides est précisément ce que réclame la doctrine du terroir. Le robot, dans ce récit, ne remplace pas le jugement du vigneron ; il lui achète du temps.

Notre avis : le vignoble fait pour la robotique agricole ce que l'entrepôt a fait pour la robotique logistique : offrir un environnement structuré et à forte valeur où la technologie mûrit avant de gagner des champs plus désordonnés. Que ce terrain d'essai produise du saint-émilion est une ironie très française. Les robots ne viennent pas chercher le vin ; ils viennent chercher les mauvaises herbes, et le vin pourrait y gagner.

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Sources

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