Pendant des décennies, le robot a été une machine que l'on voyait et entendait. Une révolution plus discrète se joue désormais à une échelle plus petite qu'un grain de riz, à l'intérieur même du corps humain. Fin 2025, des chercheurs de l'ETH Zurich ont dévoilé un microrobot guidé par aimant, conçu pour naviguer dans le sang et libérer sa charge exactement là où le médecin le souhaite — une approche qui commence à passer du laboratoire à la clinique.
Une capsule que l'on pilote
Le dispositif de l'ETH, présenté en novembre 2025, est une minuscule capsule sphérique faite d'un gel soluble. Elle est chargée de nanoparticules d'oxyde de fer, qui permettent à des aimants externes de la diriger dans les vaisseaux, et de nanoparticules de tantale, qui la rendent visible aux rayons X pour un suivi en temps réel. L'objectif, selon l'équipe, est d'acheminer des agents anticoagulants, des antibiotiques ou des thérapies antitumorales directement vers des sites difficiles d'accès, dans le cerveau et le corps. Dans des modèles réalistes de vaisseaux et lors d'essais sur de gros animaux, les chercheurs affirment avoir réussi à guider le robot jusqu'à un caillot et à le dissoudre.
La logique clinique est convaincante. Aujourd'hui, la plupart des médicaments inondent l'organisme entier pour qu'une quantité suffisante atteigne la cible — une méthode grossière qui impose de fortes doses et fait courir un risque d'effets secondaires graves, comme des hémorragies internes. Une autre étude, publiée dans Science, décrit une plateforme magnétique comparable délivrant une charge à un endroit précis chez de gros animaux, en conditions cliniques, en réunissant navigation, libération du médicament et imagerie dans un même système. L'exposition hors cible, rappellent les chercheurs, explique une large part des échecs d'essais cliniques.
De la démonstration au patient
Le mouvement s'accélère aussi côté industriel. L'entreprise californienne Bionaut Labs, qui pilote des robots de taille millimétrique dans les cavités du cerveau, a lancé ses premiers essais humains en 2024 et obtenu des désignations de la FDA (médicament orphelin et usage humanitaire) pour des traitements visant des tumeurs cérébrales malignes et une maladie pédiatrique rare. En France, la start-up Robeauté a levé 28 millions de dollars début 2025 pour mettre au point un microrobot de neurochirurgie.
Rien de tout cela n'annonce une armée de chirurgiens miniatures pour l'an prochain. Les obstacles — récupération sûre du robot, fabrication à grande échelle, essais rigoureux — restent considérables. Mais la trajectoire est nette : après des années de curiosité de laboratoire, le microrobot médical ressemble de moins en moins à de la science-fiction et de plus en plus à un outil plausible du bloc opératoire.
