Le démantèlement nucléaire est le travail sale, dangereux et ingrat par excellence. Certains recoins d'un réacteur accidenté ou vieillissant sont si radioactifs qu'un humain y absorberait une dose mortelle en quelques minutes. Pendant des décennies, cela a rendu certaines parties de ces sites tout simplement inaccessibles. Les robots changent la donne — et 2026 est l'année où ils ont cessé d'être une expérience pour devenir du personnel à part entière.
Sellafield : le chien robot prend son poste
Sellafield, en Cumbrie, est l'un des sites nucléaires les plus complexes d'Europe, abritant certains des bâtiments les plus dangereux au monde. Depuis environ deux ans, la société d'ingénierie AtkinsRéalis y déploie un quadrupède « Spot » de Boston Dynamics, adapté sur mesure. En 2025, l'équipe a rapporté une étape clé : piloter le robot à distance depuis un lieu situé hors du périmètre autorisé du site, via un réseau hautement sécurisé et un flux vidéo en direct — retirant totalement l'opérateur humain de la zone dangereuse. L'équipement de Spot comprendrait l'imagerie à 360 degrés, le balayage LiDAR, la caractérisation des rayonnements gamma et alpha, le prélèvement par frottis et la surveillance environnementale, ce qui lui permet de cartographier et d'échantillonner des lieux comme le Pile Fuel Cladding Silo. Début 2026, Sellafield a indiqué vouloir faire passer ces robots en opérations « courantes et habituelles » — non plus une démonstration, mais un vrai métier.
Fukushima : 22 mètres de bras robotisé
Au Japon, TEPCO fait face à une tâche plus ardue : récupérer les débris de combustible fondu, soudés à l'intérieur des réacteurs ravagés de Fukushima Daiichi. En avril 2025, l'entreprise a annoncé avoir mené un deuxième prélèvement d'essai dans l'unité 2, à l'aide d'un robot télescopique amélioré de 22 mètres surnommé « Telesco », pour extraire un fragment ne pesant que 0,187 gramme. L'analyse aurait détecté de l'américium-241 et de l'europium-154 — les signatures chimiques du combustible nucléaire. Aussi minuscule soit-il, l'échantillon compte : on estime à 880 tonnes les débris de combustible restants, et chaque gramme aide les ingénieurs à planifier un retrait qui prendra des décennies.
Pourquoi c'est la vraie frontière
Il est facile de se laisser éblouir par des humanoïdes qui dansent. La robotique la plus déterminante est peut-être celle de ces machines sans éclat qui se glissent dans des espaces capables de tuer un humain en quelques minutes. Le travail est lent, les charges se comptent en grammes et les progrès en années. Mais c'est précisément là que les robots justifient leur existence — non pas en remplaçant les travailleurs humains, mais en atteignant ce que l'homme ne peut tout simplement pas atteindre. Les deux programmes vont dans le même sens : de l'essai ponctuel vers une présence robotique permanente dans les recoins les plus dangereux de l'ère nucléaire.
