Quand un bâtiment s'effondre, l'ennemi le plus cruel est le chronomètre. Les survivants coincés dans les vides entre les dalles de béton ne tiennent parfois que quelques heures ; or envoyer des hommes ou des chiens dans une ruine mouvante peut coûter plus de vies que cela n'en sauve. Depuis vingt ans, les robots promettent de dépasser ce dilemme. En 2025 et 2026, plusieurs d'entre eux semblent enfin prêts.
Des robots souples pour les endroits durs
Le nouveau venu le plus frappant est presque délicat. SPROUT — Soft Pathfinding Robotic Observation Unit, conçu par le Lincoln Laboratory du MIT avec l'université de Notre-Dame — est un « robot-liane » : un tube de tissu étanche qui grandit en se gonflant, se déroulant depuis sa base pour se faufiler dans des interstices qu'une machine rigide n'atteindrait jamais. En s'allongeant, il contourne les angles, se glisse dans les passages étroits et embarque une caméra pour cartographier le vide et repérer les voies d'accès. L'équipe l'a testé avec les secouristes de la Massachusetts Task Force 1, affinant, selon ses dires, la manière de le diriger et de le faire croître sous de vrais décombres.
Il s'inscrit dans une lignée plus ancienne. Le robot-serpent de Carnegie Mellon, doté d'une douzaine d'articulations, fut envoyé dans les gravats du séisme de Mexico en 2017 — preuve précoce qu'une machine pouvait ramper là où nulle main ne le pouvait. Là où serpents et lianes se faufilent, quatre pattes suivent désormais : Unitree a présenté en 2025 un quadrupède de secours capable de monter des escaliers et de progresser dans des structures effondrées à plusieurs étages, tandis que DEEP Robotics commercialise son « chien » X30 pour les zones toxiques et instables.
Du joystick au jugement
La révolution la plus discrète est l'autonomie. La plupart des robots de secours sont encore téléopérés — un humain habile sur un joystick, l'œil sur un écran. Ce schéma s'effondre précisément quand tout se joue : dans la fumée, la poussière et les liaisons radio coupées. C'est la brèche sur laquelle pousse le DARPA Triage Challenge américain. Lors de ses épreuves de septembre 2025, les équipes ont dû opérer dans des conditions volontairement dégradées — faible luminosité, fumée, obstacles — et faire en sorte que leurs robots ne se contentent pas de trouver les victimes mais commencent à évaluer leurs blessures, comme le RoboScout de l'université du Maryland est conçu pour le faire.
Rien de tout cela ne remplace le pompier ni le chien de sauvetage, et le domaine a la fâcheuse habitude de trop promettre. Mais la direction est claire. Un robot que l'on peut envoyer dans un vide sans risquer une seconde vie, qui le cartographie en 3D et signale où un humain respire encore n'est plus de la science-fiction : c'est du matériel éprouvé sur le terrain. Quand les prochains murs s'écrouleront, certains des premiers à passer par la brèche n'auront, eux, aucun pouls.
